Les Mains d'Or
prix de la CMA 2025
Véronique Damart, artiste textile et artisane d'art
Un parcours artistique tourné vers le design textile
Dès le lycée, Véronique Damart s’oriente naturellement vers les arts appliqués, puis les arts plastiques, avant de passer trois années aux Beaux-Arts de Rennes. Son intérêt pour les matières textiles la conduit à poursuivre sa formation à l’ENSCI – Les Ateliers, à Paris, en design textile.
Elle complète ce parcours par des stages auprès de créateurs parisiens tels que Christian Lacroix et Isabel Marant, puis par une immersion au National Institute of Design d’Ahmedabad, en Inde, qui enrichit profondément sa vision du monde, du textile et des savoir-faire artisanaux.
Une expertise dans la mode enfantine haut de gamme
Véronique acquiert une solide expérience professionnelle dans l’univers de la mode enfantine haut de gamme et luxe. Elle débute comme graphiste textile pour la licence Kenzo Enfant au sein de l’entreprise Children Worldwide Fashion, avant de se spécialiser dans la maille tricot pour de grandes maisons telles que Chloé, Missoni, Escada, Hugo Boss, Timberland et Burberry.
Elle développe des collections du bébé au junior, fille et garçon, pour des marchés casual, haut de gamme et luxe, en travaillant la couleur, la matière et la qualité des finitions, piliers de son approche de la création textile.
De la création textile à l’indépendance artistique
Animée par un profond désir de liberté créative et d’autonomie, Véronique choisit de quitter le salariat pour entreprendre. Maman de trois enfants, elle recherche un équilibre entre vie personnelle et création, et propose son savoir-faire en tant que designer textile freelance.
En 2011, elle fonde le projet MaillO Design, point de départ de ses premières créations personnelles, notamment les corbeilles en dentelle fluo, prémices de son travail autour du textile détourné et du napperon dentelle.
Amidonnée : transformer la dentelle ancienne en art textile
Au fil des années, la démarche artistique évolue et la marque devient Amidonnée. Véronique se consacre alors pleinement à la transformation de napperons anciens en œuvres d’art textile, donnant une seconde vie à ces textiles chargés de mémoire.
À partir de la dentelle, elle développe des projets de décoration, de merchandising et de scénographie sur mesure, destinés à des lieux culturels, des espaces commerciaux ou des événements. Elle collabore également avec d’autres créateurs et anime des workshops afin de transmettre son savoir-faire et sa passion pour les métiers du textile.
Une reconnaissance au sein des métiers d’art
En 2023, Véronique Damart rejoint le syndicat Ateliers d’Art de France, une reconnaissance importante de son engagement artistique et de son inscription dans le champ des métiers d’art et de la création textile contemporaine.
En 2025, elle est sélectionnée pour l’exposition régionale du concours Ateliers d’Art de France. La même année, elle reçoit le prix des Mains d’Or décerné par la Chambre de Métiers et de l’Artisanat de Loire-Atlantique, distinguant la singularité de sa démarche et la qualité de ses créations.
On a tous un souvenir lié aux napperons.
Souvenirs
Véronique fouille, chine, flâne devant des vieilleries. Elle pose son regard, sourit, essuie la poussière et s’émeut parfois. Un jour, la trouvaille est une petite bonbonnière. Ce napperon crocheté, empesé, gorgé de sucre, est ramolli et jauni par le temps. Elle a envi d’y poser ses lèvres comme quand elle était petite fille, attirée par ce goût sucré…
Mémé Damart, elle crochetait, tricotait aussi. Petite, Véronique la voit peu, mais elle se souvient parfaitement de la salle à manger de cet appartement avec ses gros fauteuils en velours Jacquard. On fait des dessins avec les poils du velours et, selon le sens du poil ras, ils sont clairs ou sombres. Il y a des napperons au crochet blancs ou beiges sur les dossiers des fauteuils et une collection de canevas fleuris sur le mur. La machine à tricoter se tient dans la petite pièce en entrant à gauche avec le nécessaire de tous ces travaux manuels dans ce petit meuble sur pieds, qui s’ouvre comme la boite à outils de papa. Il y a aussi cette manivelle qu’on adore tourner pour transformer ces grands bouts de laine en pelote… Oui mémé Damart, comme beaucoup de nos grands-mères, faisait des corbeilles au crochet amidonnées.
Sublimer un héritage
La première envie s’imprime sûrement dans ces souvenirs… Véronique ressort le stock de napperons anciens et essaie plusieurs recettes pour arriver à un résultat satisfaisant. Il faudra ajouter de la couleur, donner une seconde vie, moderne et décalée. Véronique crée ses premières corbeilles fluo en 2011.
Elle continue donc à chiner des napperons et les trésors qu’elle trouve lui inspirent de nouvelles formes. Les créations évoluent et la gamme de couleurs s’élargit avec des teintes naturelles et celles qui marquent le temps qui passe.
Véronique crée des histoires amidonnées, des contenants, des compositions murales, des sculptures, des suspensions qui jouent avec la lumière et les transparences, des scénographies qui habillent, les boutiques ou des évènements éphémères et des oeuvres qui subliment votre déco intérieur. A chaque fois c’est une nouvelle histoire de motifs et de couleurs.
Ses réalisations élargissent le point de vue sur ces ouvrages résolument féminins. La transformation de ces textiles désuets, s’inscrit dans la mouvance du Upcycling, rend la légèreté à ces heures de besogne, de patience et de sagesse. Elle nous réconcilie avec un savoir faire ancien, des traditions, des rituels et sublime un héritage. Elle porte un nouveau regard, re-invente le langage de ces tissus et en montre toute la poésie et la modernité.