Phallus en dentelle
Du napperon crochet au phallus dentelle,
Une lecture féministe et sociétale.
Redonner vie au napperon, objet domestique longtemps relégué à l’ornement discret et au travail invisible des femmes, c’est déjà interroger les rapports de pouvoir inscrits dans la matière. Le transformer, le sortir de sa fonction décorative et docile, c’est affirmer qu’un héritage féminin peut devenir un outil critique, porteur de sens et de réappropriation.
Dans ma démarche artistique, le féminin n’est pas un thème, mais un point de départ politique. Il est multiple, mouvant, puissant. Il questionne les normes, les assignations de genre, les rôles transmis et intériorisés. À travers lui, le masculin est également convoqué : non pas comme un opposé, mais comme une construction à déconstruire, à réinventer.
Le phallus en dentelle s’inscrit dans cette réflexion. Symbole central de la phallocratie, il incarne historiquement le pouvoir, la domination, l’autorité verticale et la violence symbolique. En le façonnant dans une matière textile ajourée, fragile et patiente, je propose une déconstruction du symbole : le pouvoir devient poreux, traversé par le vide, ouvert à la transformation.
La dentelle, associée aux gestes répétitifs, au temps long et au travail féminin souvent dévalorisé, vient ici désarmer l’icône de la virilité dominante. Elle introduit la lenteur, la délicatesse, l’attention. Le phallus cesse d’imposer, il devient objet de questionnement, presque vulnérable.
Cette création parle d’un féminin puissant, qui n’a plus à se définir en opposition, et d’un masculin sensible, libéré de l’injonction à la domination. Elle interroge notre héritage collectif, les symboles que nous continuons de transmettre, et la possibilité d’un nouvel équilibre, plus juste, plus fluide, plus conscient.
Le phallus en dentelle n’est ni une provocation ni une célébration. Il est un outil de réflexion, un geste artistique qui invite à regarder autrement ce que le pouvoir et le patriarcat fait aux corps, aux genres et aux imaginaires.